L'âme de Uriah Heep : L'entretien exclusif avec Mick Box
Propos recueillis par Fabrice
Note d'introduction : J'ai eu l’immense honneur d'échanger avec Mick Box, fondateur légendaire de Uriah Heep et véritable 'Gardien de la Flamme'. Un moment de partage exclusif avec l'une des figures les plus emblématiques du Rock
1. Mick, tu as donné des milliers de concerts au fil des ans. Pourtant, quand on te voit sur scène aujourd'hui, tu as toujours ce sourire radieux. Que se passe-t-il dans ta tête à la seconde précise où tu plaques le premier accord ? Est-ce toujours la même décharge d'adrénaline qu'en 1970 ?
Mick Box : Oui, absolument, et je n'ai jamais perdu cela. J'ai la même passion pour la guitare que j'ai toujours eue.
2. Les fans adorent ta présence scénique, particulièrement ta façon de "sculpter" le son dans l'air avec ta main quand tu ne grattes pas les cordes. C'est devenu ta signature visuelle. Est-ce quelque chose qui t'aide à visualiser la musique, ou est-ce simplement l'instinct pur qui prend le dessus ?
Mick Box : L'instinct pur serait probablement la meilleure façon de le décrire. C'est devenu une partie de mon jeu qui crée une connexion avec le public, ce que je considère comme très important.
3. On dit souvent que la formation actuelle de Uriah Heep est l'une des plus solides et durables de votre histoire. Quel est le secret de cette stabilité ? L'humour est-il le ciment qui maintient le groupe soudé ?
Mick Box : Je suppose que lorsque quelqu'un rejoint le groupe, il est conscient de notre héritage et reste fidèle à cela. Je les encourage toujours à respecter cet héritage, tout en y apportant leur propre style. L'humour est une partie essentielle des tournées. Je dis toujours que la première chose à mettre dans sa valise avant de partir, c'est son sens de l'humour, car avec lui, on peut tout surmonter.
4. Tu es le seul membre fondateur d'origine ; tu es le "Gardien de la Flamme". Quand tu écris de nouvelles chansons aujourd'hui, à quel moment te dis-tu : "Là, c'est définitivement du Uriah Heep" ? Quel est l'ingrédient secret ?
Mick Box : Nous avons établi une empreinte musicale pour Heep dès notre premier album en 1970. Tant qu'il y a l'orgue Hammond, la guitare wah-wah, les harmonies typiques de Heep, un chant principal distinctif, le tout couplé à de bonnes chansons mélodiques avec des paroles intéressantes... alors n'importe quelle chanson proposée au groupe, une fois qu'elle reçoit ce traitement, devient du "Heep" très rapidement.
5. Beaucoup de guitaristes utilisent la pédale Wah-Wah simplement comme un effet. Tu sembles l'utiliser presque comme une seconde voix humaine qui dialogue avec le chanteur. Comment as-tu développé cette approche si lyrique et vocale de la guitare ?
Mick Box : Oui, je l'utilise d'une manière unique que j'ai développée au fil des ans. Je l'utilise presque comme un correcteur de tonalité (tone bender) : quand je fais un "bend" sur une corde, j'appuie sur la wah-wah pour trouver le point idéal (sweet spot) et la faire chanter. C'est devenu une part immense de mon son.
6. Uriah Heep a toujours maîtrisé le mélange entre la puissance du Heavy Metal, les douces harmonies vocales et les guitares acoustiques. Est-il important pour toi de garder ce côté mélodique, presque "folk", au milieu de toute cette puissance et de ce volume ?
Mick Box : Nous avons toujours réussi à toucher à tous les genres musicaux. Cela a commencé avec la transition du groupe "Spice" : quand nous avons enregistré le premier album Very ‘Eavy Very ‘Umble, nous couvrions un peu de Jazz, de Blues, de Folk, de Rock et même ce qui est devenu le Metal. On s'appelait "Spice" (Épice) parce que dans le monde culinaire, il y a beaucoup d'épices différentes et nous voulions que notre musique ait ce même mélange, cette liberté d'explorer tous les types de musique sans rester coincés dans un seul genre.
7. Uriah Heep a été l'un des tout premiers groupes occidentaux à jouer derrière le Rideau de Fer. Vous avez construit des ponts là où les politiciens construisaient des murs. Avec le recul, que ressens-tu face au pouvoir qu'avait votre musique pour unir les gens à l'époque ?
Mick Box : Quand on pense à la rigueur du régime communiste de l'époque et aux restrictions sous lesquelles ils vivaient, le fait que notre musique ait réussi à passer montre bien son pouvoir. Les gens achetaient notre album avec l'équivalent de deux mois de salaire, ce qui est incroyable, et risquaient d'être punis s'ils étaient pris en train de l'écouter. L'agence de presse russe Tass a déclaré que nous avions contribué à mettre fin à la guerre froide à l'époque. Grâce à notre succès, de nombreux groupes ont pu suivre nos traces, ce qui a fait de nous des pionniers du rock en quelque sorte. Pourtant, vu ce qui se passe dans le monde aujourd'hui, je ne suis pas sûr que cela puisse se reproduire un jour.
8. Aujourd'hui, au premier rang de vos concerts, on voit des grands-parents, des parents et des petits-enfants chanter "Lady in Black" tous ensemble. Très peu d'artistes ont ce privilège. Que ressens-tu en voyant ta musique transcender les générations ainsi ?
Mick Box : C'est un sentiment merveilleux. Cela montre simplement que la bonne musique, celle qui touche les gens pour une raison ou une autre, résiste toujours à l'épreuve du temps.
9. Ton expression fétiche est "'Appy Days". Dans une industrie musicale souvent cynique et dure, comment as-tu réussi à garder cet optimisme inébranlable ? Est-ce ton super-pouvoir ?
Mick Box : J'ai toujours été une personne positive. La négativité est une perte de temps et d'énergie.
10. Si le Mick Box de 1970 pouvait voir le Mick Box d'aujourd'hui, quel conseil ou quelle question le "jeune Mick" poserait-il au "Mick actuel" ?
Mick Box : Garde la passion et l'amour pour ce que tu fais, et sois heureux d'avoir le privilège de continuer à le faire.
11. Après la sortie de "Chaos & Colour" en 2023, ressens-tu toujours l'envie de créer un nouvel album de Uriah Heep ? Est-ce un sujet de discussion au sein du groupe ?
Mick Box : Je pense que ce sera au programme une fois que nous aurons terminé la tournée Magician's Birthday Farewell. Il est important pour nous de continuer à avancer musicalement, mais le "music business" est devenu un endroit très difficile pour exister, pour de nombreuses raisons. Il faut simplement l'accepter, trouver sa niche et continuer à envoyer du rock (rock on).
12. La dernière visite du groupe en France remonte au 16 octobre 2022 à l'Olympia. Quel souvenir gardes-tu de ce concert et aurons-nous la chance de vous voir en 2026 ?
Mick Box : Oui, je m'en souviens, c'était un super show et nous avons reçu un accueil fantastique. Le 16 novembre 2026, nous sommes programmés au Casino de Paris, donc nous avons très hâte d'y être, surtout Davey, notre bassiste, qui vit là-bas avec sa femme et son fils.
Un immense merci à Mick pour sa disponibilité incroyable et sa générosité. Ses réponses et sa vision de la musique signifient énormément pour les fans du monde entier. 'Appy Days, Mick !